De nombreux gestionnaires se demandent comment composer avec les personnalités fortes ou instables de leur équipe. C’est le cas lorsqu’un employé présente un trouble de la personnalité limite ou « borderline ». Ses attitudes et ses comportements sont tellement disproportionnés par rapport aux situations réelles qu’ils entrainent rapidement des tensions relationnelles dans leur entourage.

Comment reconnaitre un employé présentant un trouble de la personnalité limite ou « borderline »?

Les personnes aux prises avec ce type de trouble sont habituellement instables sur les plans émotionnel et comportemental. Leur humeur change rapidement et elles réagissent de façon intense ou imprévisible à des situations qui ne justifient pas une telle réactivité. Extrêmement sensibles, elles éprouvent beaucoup de difficulté à gérer le stress au quotidien et tolèrent mal la frustration. Au travail, on observe des retards fréquents, un taux d’absentéisme élevé, généralement non justifié, ainsi qu’une transgression constante des limites. Ces personnes peuvent également abuser de drogues et d’alcool. De plus, elles sont enclines à menacer autrui ou, à l’inverse, à s’automutiler et à faire des tentatives de suicide.

L’instabilité s’observe également dans leurs relations avec les autres. Ayant une forte dépendance relationnelle, ces personnes craignent constamment le rejet et l’abandon. Elles se perçoivent constamment des victimes des décisions, des commentaires ou des comportements de leur entourage et tiennent les autres responsables de tous leurs ennuis. Leurs relations sont ponctuées de disputes; un jour, elles vont admirer un collègue de travail et, quelques jours plus tard, elles vont le détester profondément. Leur nature intense et leur difficulté à faire des nuances font qu’elles sont souvent perçues comme étant manipulatrices.

Comment aider : Le rôle du gestionnaire 

Le gestionnaire doit faire preuve d’un grand doigté dans la relation avec ce type d’employé s’il veut préserver son équilibre tout en faisant avancer les choses. Il est maintenant reconnu que l’approche autoritaire n’est pas le meilleur moyen pour favoriser la collaboration. La clé du succès semble plutôt résider dans un style de gestion bienveillant mais encadrant! Voici quelques trucs qui vous seront utiles pour maintenir le cap :

  1. Démontrer du courage

S’occuper d’une situation problématique requiert toujours de l’énergie, du temps mais également du courage. On doit s’attendre à ce que la relation avec l’employé connaisse des hauts et des bas. Pour cette raison, plusieurs gestionnaires peuvent être tentés d’abandonner. Toutefois, mieux vaut agir rapidement pour éviter que la situation ne s’envenime.

  1. Demeurer ouvert d’esprit

Notre capacité à nous adapter dépend largement de l’attitude avec laquelle on aborde la situation problématique. Les difficultés rencontrées dans la relation avec l’employé qui présente ce type de personnalité ont vite fait de nous faire oublier que la personne ne se résume pas à ses problèmes. Cette attitude rigide indique que l’on est émotif et de ce fait, réactif. Ainsi pris au piège, notre intervention risque d’être inappropriée. Pour recréer l’ouverture, il importe de retenir que les comportements inadéquats de l’employé reflètent un problème de santé mentale : ils ne sont pas dirigés contre vous. De plus, il est essentiel de garder à l’esprit les qualités et les compétences de cette personne. Cette ouverture d’esprit l’invitera à s’engager davantage avec vous vers le changement souhaité.

  1. Gérer les émotions

Reconnaitre ses inconforts et ses limites représentent le point de départ d’une saine gestion de ses émotions. Cet atout est indispensable pour ne pas se laisser déborder émotivement par les commentaires déplacés et les interprétations de l’employé. On évite ainsi de tomber dans la morale ou dans la critique. Pour ce faire, il est important de lui faire part de vos limites, de votre malaise et de lui répéter les règles nécessaires à une saine communication au travail. Si vous vous engagez à être respectueux et en contrôle, il y a de fortes chances que l’employé s’engage à faire de même avec vous. Le recours à une aide professionnelle peut dans certains cas lui être salutaire. Le gestionnaire peut, au moment opportun, l’inviter à y recourir afin de l’aider à mieux réguler ses émotions au travail.

  1. Établir un cadre

Les attentes doivent être claires, constantes et prévisibles. Ce cadre ferme mais humain aidera l’employé à se contenir sur le plan émotionnel. Il importe de lui rappeler calmement et concrètement ce que vous attendez de lui. Établir un cadre ne signifie pas manifester de la fermeture. Un dialogue ouvert et constructif, qui permet à l’employé de s’exprimer, l’aidera à mieux comprendre l’impact de ses comportements sur vous et sur l’équipe. Il deviendra ainsi plus facile de créer un climat de collaboration et d’établir des objectifs d’amélioration clairs (ex : apprendre à gérer ses émotions, arriver à l’heure, cesser de tout critiquer).

  1. Prendre soin de soi

Rappelez-vous que développer ce savoir-être et ce savoir-faire demande de la persévérance et de la pratique. N’abandonnez pas! Allez plutôt chercher du soutien en partageant votre vécu avec une personne de confiance ou en vous offrant du coaching. Y voir plus clair et se sentir appuyé  peut faire toute la différence.

Ginette Soucy, M.Ps, CRIA
Marie-Josée Drouin, M.A. CRHA